Le conte de la femme source de vie

Pic @spiritysol

Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, Layla se rend à la grotte d’Amha, la vieille femme qui entend les ancêtres. Celle-ci lui confie que l’enfant en elle porte un message pour l’humanité. Dans son chemin vers le monde des vivants, il traversera une grande épreuve : sa propre naissance.

Layla décide de tout mettre en œuvre afin de préparer la venue de son fils. Qu’elle est cette épreuve qu’il doit vivre ? Est-il en danger ? Ce mystère l’accompagne quotidiennement. Le soir, lorsque les anciens chantent autour du feu, elle ressent la présence de son fils et la force qui l’anime. Elle pressent aussi qu’elle ne sera plus tout à fait la même femme et que, bientôt, sa vie va changer.

Et son homme, comment va-t-il réagir à ce qu’elle perçoit ? Elle est inquiète et redouble de passion dans leurs étreintes, comme si elle avait peur qu’il disparaisse de sa vie. Pourtant, il l’aime si fort ! Il admire son ventre, ses rondeurs, ses seins. Il la trouve belle et ressent avec fierté cette force qui émane dorénavant de sa compagne. Tous les soirs, il se retrouvent à la rivière pour se baigner ensemble avant de rejoindre la communauté autour du feu.

L’eau est son élément, la terre est son royaume.

Lorsque les douleurs commencent, elle est surprise. C’est doux et puissant à la fois. Sensation étrange et inconnue. Elle a envie d’être seule. Elle va voir la vieille Amha, qui la suit discrètement. Elle s’installe au bord de la cascade, pas très loin du village, là où elle se sent si bien, au cœur de la nature qui la rassure, sa terre. Et tout à coup, l’eau s’écoule de son ventre. Maintenant, elle comprend l’épreuve de son fils qui est sienne aussi. Son ventre est traversé de mille lames qui semblent la déchirer de l’intérieur. Mais elle ne saigne pas. Elle devient la louve qui hurle le soir. Elle devient la terre lorsqu’elle s’allonge sur elle, épuisée. Elle devient la source lorsqu’elle se glisse dans l’eau et qu’elle flotte, enfin attendrie. Elle devient l’arbre lorsqu’elle s’accroche en râlant à sa branche. Son corps n’est plus que sons graves, sueur et douleur. Son fils de fraye un passage et soudain, elle a peur.

Layla crie, pleure et supplie la vieille femme d’implorer les anciens et de la libérer de cette épreuve. Mais cette dernière reste assise, les yeux clos. Layla devient furieuse.

Puis, impuissante et épuisée, elle se laisse aller. Peut-être que les dieux réclament son sacrifice pour que son fils naisse et réalise sa grande œuvre. Elle s’allonge et s’abandonne, prête à mourir.

Et soudain, elle n’a plus peur. Elle ressent la vie à l’intérieur d’elle qui pousse, qui rugit : son fils est à la porte. Elle ne mourra pas. Elle est traversée par une force extraordinaire et inconnue. Son bébé est expulsé vers la lumière. Elle ne contrôle plus rien. Dans quel monde est-elle ? Elle ne sait plus. Mais elle entrevoit Amha à ses côtés. Elle se sent bien. Cette puissance qui habite son corps maintenant l’aide à ne plus avoir peur. Elle est dans le monde des esprits avec Amha. Et puis elle s’entend crier, pleurer, son corps n’est plus qu’une sensation brulante. Son sexe est étiré ; elle sent son fils la traverser, et l’eau jaillit encore de son corps.

Accroupie au bord de l’eau, elle chante maintenant. Elle a rejoint le monde des Femmes sources de vie. Elle a traversé l’épreuve et elle rit. Son bébé humide et chaud est tout contre son sein. Elle sait que ça n’est pas fini. Amha lui parle maintenant et explique qu’il reste la grande poche source de vie qui doit naître encore. Layla n’a plus peur. Elle attend et elle sent quelque chose qui glisse hors de son ventre, toujours relié à son bébé. Ahma dit que c’est précieux, qu’elle va le séparer du bébé un peu plus tard puisqu’il n’en a plus besoin maintenant et qu’elles feront une cérémonie pour l’honorer en le redonnant à la Terre-Mère.

Layla est heureuse. Son amoureux sera fier d’elle. Leur fils est né.

Une nouvelle femme est née.

♥ Merveille et puissance. Sublime conte découvert au détour du livre « Rituels de femmes pour réenchanter la maternité » d’Isabelle Challut ; Dans l’attente de la rencontrer lors de ma formation auprès du Centre Pleine Lune, je vibre à travers ses écrits.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *